Le Domaine de La Cadénède à travers les âges

1er épisode - Des origines jusqu’au XVIe siècle
lundi 16 novembre 2020
par  Suzanne BARTHE

Certains adhérents (ils et elles se reconnaîtront) nous interrogent régulièrement sur cette imposante bâtisse qui domine Millau … Profitant du confinement, nous avons décidé d’exhumer quelques archives familiales ainsi que des travaux réalisés dans les années 2000 en collaboration avec le regretté Georges GIRARD, Jeanine et Maurice GALTIER et la famille MALAVAL que nous remercions.

Afin de ne pas lasser nos lecteurs (la matière est très riche), nous présenterons l’histoire de la CADENEDE en 4 épisodes :

  • La CADENEDE depuis les origines jusqu’au XVIIe siècle.
  • La CADENEDE du XVIe au XIXe siècle. La famille BOYER.
  • La CADENEDE au XIXe siècle, la famille BARTHE.
  • La CADENEDE au XXe siècle. L’incendie et le renouveau

Tous ceux qui de près ou de loin y ont des souvenirs sont invités à apporter leur contribution à l’histoire de cette antique bâtisse.

Localisation

Le domaine de la CADENEDE est situé à l’ouest de MILLAU et domine, en rive droite, la vallée du Tarn.

Episode N° 1 – Des origines jusqu’au XVIIe siècle.

Le terme "Cadénède" (Cadeneda en occitan) signifie le lieu planté de « cades » c’est-à-dire de genévriers. Vous en trouverez dans les alentours et pourrez cueillir les baies noires pour vos recettes de gibier !

Dès le néolithique final (environ 3000 av JC), une station de plein air existait au-dessus du hameau actuel de Soulobres. C’est à une époque un peu plus récente qu’ont été élevés les quatre dolmens, sépultures mégalithiques. Le plus proche est situé à moins de 2 km de la Cadénède. Vous pouvez vous y rendre en randonnée pédestre, en VTT, mais aussi en voiture par le passage sous l’autoroute avant le viaduc.

De nombreuses haches de l’Age du Bronze ancien moyen (1500 av JC), visibles au Musée de Millau (place Foch), ont été trouvées aux alentours de la Cadénède, attestant ainsi qu’un habitat était déjà présent sur les lieux dans les temps les plus anciens (les positions hautes ont toujours été privilégiées pour mieux organiser la défense contre d’éventuels assaillants).

La géologie, très complexe et très riche, a permis l’exploitation au cours des siècles de petites mines de cuivre, de plomb et surtout de barytine. Les affleurements blancs de ce dernier minéral sont visibles sur les corniches de la Cadénède qui donnent en contrebas sur la petite route de Peyre.

La "Boria de la Cadeneda", dont la silhouette se détache à l’horizon ouest de Millau, était autrefois fortifiée ; elle a gardé les apparences d’un ancien cloître… Un acte de 1289 spécifie que le Mas de la Cadeneda faisait partie de la paroisse de Saint-Pierre-de-Brocuéjouls. Magnifique petite chapelle romane que vous pouvez aller admirer, à deux pas de la culée nord du viaduc. Cette chapelle a été construite au XIème siècle.

Le toponyme de Brocuéjouls apparaît dès 804 dans la documentation. Un prieuré est fondé au 11e siècle, faisant probablement suite à un grand domaine carolingien. Il dépend dans un premier temps de l’abbaye de Gellone puis, appartient, au XIVe siècle, à Saint-Léons.

En 1349, Brocuéjouls est une paroisse annexe de Millau. L’église élevée au 11e siècle subit très certainement les soubresauts des guerres de Religion : en 1607, son clocher et une des voûtes le supportant sont édifiés. Il faut semble-t-il attendre 1738 pour que le sanctuaire et la nef soient voûtés, le financement des travaux du 17e s., ne l’ayant probablement pas permis. Après la Révolution, elle est finalement érigée en annexe de la paroisse de Saint-François de Millau. Une croix monumentale est ensuite érigée dans le cimetière. Elle porte la date de 1815. (Patrimoine en Occitanie Eglise caractéristique des églises du 1er âge roman en Rouergue, datable du 11e siècle.)

La tour de la Cadénède est attestée par l’acte de 1289, ce qui prouve que la Cadénède eut le statut de fief au moins au cours du XIIIème siècle. Elle assurait la protection des paysans de Soulobres et de Brocuéjouls lorsque ceux-ci étaient menacés par des attaques. Ceci fut particulièrement le cas au cours de la guerre de Cent Ans (XIV-XVème s.) lorsque les paysans étaient attaqués par les Routiers. Quand ceux-ci n’étaient plus payés par les régiments pro-Anglais ou pro-Français, ils se rabattaient sur les populations civiles en « razziant » leurs biens c’est-à-dire ici, en premier lieu, leur cheptel ovin. Un jour, en l’absence du seigneur, une attaque réussit et les pillards prirent le troupeau de brebis. Arrivé peu après, le seigneur fut facilement informé du chemin emprunté par les pillards et les poursuivit. Il les rattrapa en haut de la côte de la Cavalerie et préféra payer la rançon proposée pour éviter un affrontement sanglant.

Le domaine de la Cadénède appartiendra successivement à

  • J. Tholose, de Castelmus en 1416,
  • puis à Desirada Vincens en 1452,
  • puis à Jehan Hugla, marchand de Millau, qui arrentera cette métairie à Jean Boyer le 14.05. 1570. (AD12 3E 12126 Me Raymond SAMBUCY). Nous noterons que des membres de cette famille sont qualifiés de "Laboureur de La Cadénède" dès le début du XVIe siècle (Cf. ci-dessous).
  • Il semble qu’ensuite la Cadénède ait appartenu au Couvent des Frères Mineurs de Rodez.

Aux XVIe et XVIIe siècles, le domaine de la Cadénède est exploité par la famille BOYER.

La première mention connue à ce jour de la famille BOYER à La Cadénède est le contrat de mariage de Jehan BOYER laboureur de la Cadénède, avec honeste filhe Catherine REYNES le 28.12.1563). Cf. Me Malrieu AD 3E 11789.

Jean BOYER fit son testament le 04.05.1569, (AD12 3E12945 Me CADARS) Jean était le fils de Ramon BOYER (dcd avant 1564) et de Jehanne GENIEYSA. Jean lègue à ses filles Hélix, Jeanne et Catherine : 140 livres, robe nuptiale, etc... Jean BOYER lègue à ses frères et soeur. : Hugues, Pierre, François, Anthoine et Delphine BOYERS, la somme de 5 livres. HU : son épouse Catherine REYNES.

  • Le 27.04.1570 : Jehan BOYER, laboureur, est cité : “Debte de Pierre RICHART drapier de Millau”.
  • Le 21.10.1570 : Jehan BOYER, laboureur, est cité : “Debte d’Anthoine LACHAM merchant de Milhau
  • Le 16.019.1570  : Contrat de mariage de Pierre BOYER, masson de la Cadénède, avec Marie PASTRE (mariage protestant)
  • Le 01.02.1624, Jehan BOYER fait son testament. Il est veuf de Jeanne BESSODES. Cités : Pierre et François BOYER ses fils ; Jeanne et Catherine BOYER ses filhes ; Catherine BOYER, épouse de Pierre VIRENQUE du Mas des Hers (de l’Air - Ste Eulalye) ; Françoise BOYER épouse d’Anthoine LAVIT du masage de Moulzés (St Beauzély) et Hélix BOYER épouse de Jean BERNARD ; Catherine BOYER, veuve d’Estienne REYNES et Marie BOYER épouse de Pierre DOUZOU de St Germain ; Héritier universel : Jean BOYER son fils ayné
  • Le 05.12.1629 : Jehan BOYER de La Cadénède lez Millau. Paysan, signe une reconnaissance de dettes envers Jehan BERNARD (époux d’Hélix BOYÈRE) pour la “somme qu’il était chargé de leur bailler par Pierre OLLIER procureur de St Léons provenant de la constitution de ladite BOYER avec Anthoine RAYNAL son premier mary “.
  • Le 07.07.1699 : Jean BOYER, fermier de la Cadénède, fait son testament. Cités : Jean BOYER son père ; Françoise BOYER sa filhe (x- Pierre COURTINES travailleur de Peyre) ; Héritiers universels : Margueritte ROUCOULINE son épouse et Me Jean BOYER son fils aspirant à la prêtrise à condition pour son fils de légitimer : Pierre et Jeanne BOYERS ses frères et sœurs enfants(x1) du testateur et de + Françoise BOUDES et pour ladite ROUCOULINE de légitimer aussi : Joseph - Jean - François et Margueritte BOYERS leurs enfants communs.

Une généalogie simplifiée des BOYER laboureurs de la Cadénède sera proposée dans l’épisode N°2, à paraître le mois prochain sur notre site.

C’est durant la seconde moitié du XVIIème siècle, plus exactement vers 1660, que l’ensemble de la bâtisse va prendre sa forme définitive avec quatre corps de bâtiments encadrant une cour carrée, les deux échauguettes d’angle et la bretèche, construite alors au-dessus du porche d’entrée, en système défensif.

Le propriétaire d’alors, Messire François de Courtines, est receveur des tailles pour la région de Millau. Puissant homme, il possède au moins une vingtaine de propriétés et deviendra officiellement le Bailly de Millau. Nous sommes sous Louis XIV… Il a pu voir ce type d’architecture à Paris et s’en est inspiré. Architecte et maçons ont été habiles puisque ce n’est qu’en observant attentivement que l’on reconnaît aujourd’hui les 3 maisons les plus anciennes qui forment l’aile nord et l’aile sud. Cf. ci-dessous photographie de Philippe MALAVAL - La Cadénède de nos jours

Quelques éléments généalogiques sur la famille de COURTINES

Messire François de Courtines, Conseiller du Roy, receveur des tailles de Haute Marche, fils Laurens de COURTINES et de Louise de JULIEN avait épousé Delle Jeanne de JOUERY. De cette union :

  • François de COURTINES né le 30.04.1631 à Millau, et baptisé à Notre-Dame-de Lespinasse le 02.09.1635, parrain : Messire Pierre de JOUERY, receveur des Tailles en élection de Rodez, marraine : Marthe de COURTINES. Messire François, docteur en droit, contractera mariage le 13.10.1661 avec Delle Jeanne de BONALD, fille de Pierre de BONALD, Conseiller du Roy, Bailli et Juge de Millau et de Delle Jeanne de MATHY.
    Messire François de COURTINES, Président Trésorier général de France en la généralité de Toulouse, décèdera le 31.12.1710 à l’âge de 75 ans, et sera inhumé dans l’église des Révérends pères dominicains de Millau (1), au tombeau de ses ancêtres.
  • Anthoinette de COURTINES, °19.02.1637, bp 07.09.1638. Elle épousera par contrat du 04.10.1655, Guillaume de BOEUF, sieur de Laur, juge du Pont-de-Camarès (Cf. notre ouvrage CAMARES, des femmes, des hommes et leurs racines)
  • Bernard de COURTINES, bp 19.09.1639.
  • Jeanne de COURTINES, °05.05 et bp 06.10.1641. Mariée le 14.02.1661 à Guilhaume d’ALBIS, seigneur de Gissac.
  • Anne de COURTINES, bp 16.02.1643, à Notre Dame de Lespinasse. Parrain : Messire Bernard de JOUERY, avocat. Marraine : Delle Anne de COURTINES, épouse Monsieur DE BOISSANS. Anne épousera le 30.04.1661 Messire Pierre de SAMBUCY, docteur en médecine, fils de Pierre de SAMBUCY et Delle Catherine de MONTETY. (Cf. notre ouvrage ST GEORGES DE LUZENCON des femmes des hommes et leurs racines)
  • Jean François de COURTINES, °30.05, bp 17.11.1646. Parrain : Sieur François de JOUERY, docteur en théologie, de Saint Amans-de-Rodez. Marraine : Delle Suzanne de COURTINES, épouse du Sieur Durand JULIEN.
  • Marguerite de COURTINES, bp 21.09.1649. Parrain : Messire Pierre de JOUERY, sous-diacre, son oncle de Saint Amans-de-Rodez. Marraine : Delle Anthoinette de COURTINES, sa sœur.
  • Gabrielle de COURTINES, bp 02.07.1651. Elle épousera par contrat du 03.04.1681, Messire Antoine de VIRAZELS, sieur de St Etienne, docteur en droit, Viguier de Ste Eulalie du Larzac, fils d’Antoine et de Cécile de RIEUFREGIER. Témoins : François et Laurens de COURTINES, frères de la future ; Messire Jacques de COURTINES, prebtre, oncle.
  • Laurens de COURTINES, °14.11, bp 08.12.1652. Parrain : Messire Laurent de COURTINES, Lieutenant en la cour royale de Milhau. Marraine : Delle Anne de JOUERY. Laurens sera curé de Notre Dame de L’Espinasse de Millau. Il avait succédé à Jacques de COURTINES, et eu pour successeur son neveu Jean PEYROT-COURTINES, fils de Pierre et de Marguerite de COURTINES.
  • Marguerite de COURTINES, °01.12.1654, bp 01.07.1658. Parrain : Maître François de COURTINES, avocat, pour Monsieur de BOISSANS, receveur. Marraine : Dame Marguerite de MAYNART, épouse Monsieur de JULIEN, trésorier. Marguerite (fille émancipée) épousera par contrat du 20.01.1669, Jean PEYROT, marchand de Millau.
  • Jean de COURTINES, °03.11.1656, bp 01.07.1686. Parrain : M. De LAUR, juge royal du Pont-de-Camarès (Cf. notre ouvrage CAMARES des femmes, des hommes et leurs racines). Marraine : Cécile de MAYNART veuve de Monsieur le Président D’ALTIERES.
  • Jacques de COURTINES, °03.01, bp 17.06.1658. Parrain : Maître François de COURTINES, avocat. Marraine : Françoise de COURTINES.

Une branche de la famille de Courtines, devenue par la suite de Sambucy de Courtines, a son blason. Celui-ci figurait au-dessus du portail d’entrée jusqu’en 1964, date à laquelle le propriétaire de l’époque le fit placer au-dessus de la cheminée de l’actuel grand salon pour mieux le protéger.

(Cf. photographie de 1929 où l’on peut voir Juliette VIDAL et sa mère, née Flavie BARTHE devant le porche d’entrée).

Ce blason est dit à « armes parlantes » : en effet, le nom de la famille Courtines signifie en même temps « oriflamme » ou « le dais » que l’on utilise pour protéger un notable ou un évêque lors d’un de ses déplacements. C’est ce dais qu’une main tient suspendu dans la partie supérieure du blason. En pointe, il est à noter que figurent un globe terrestre surmonté d’une croix et une lune d’argent. Ce dernier détail, la lune, a une signification : il ne pouvait être porté que par un Chevalier ayant combattu en Terre Sainte.

(1) Les dominicains s’installent dans l’îlot entre 1629, à la suite de l’édit d’Alès, et 1645, date inscrite sur le fronton du portail d’entrée des bâtiments conventuels. Ils ont été chassés de leur précédent couvent, situé sur l’actuelle place Emma Calvé par les protestants. Malgré que leurs biens leur aient été rétrocédés, ils décident de s’installer ailleurs, afin de marquer architecturalement la réforme catholique. Dès le siècle suivant, les capucins les supplantant dans leur vocation pastorale, leur activité décroît. En 1791, le couvent est vendu comme bien national à un mégissier et l’église affectée au culte protestant. En 1867, l’église, dont la voûte menace ruine, est fermée puis finalement abattue au profit de la construction d’un nouveau Temple, à partir de 1869. (Source : Ministère de la culture)

Sources :
- Georges Girard, ancien archiviste de la ville de Millau
- Jeanine et Maurice GALTIER
- Famille FICHOLLE
- Famille MALAVAL
- Archives familiales de Suzanne et Lucien BARTHE
- Bases de données du CGA
- AD 12
- Revue « Sauvegarde du Rouergue »
- Millau à travers les siècles, Jules Artières.



Commentaires

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Le Domaine de La Cadénède à travers les âges
mardi 24 novembre 2020 à 23h24 - par  Patrick Boyer

Bonjour à tous !
Lorsque vous avez ajouté l’avis que vous alliez ajouter une généalogie sommaire des BOYER de la Cadenède, j’étais en train de taper un commentaire à propos de ce que vous avez dit sur ces mêmes Boyer à la fin du XVIème et au tout début du XVIIème siècles. Du coup, je ne le poste pas. Mais je vous envoie néanmoins ces quelques réflexions.

A propos des Boyer de La Cadenède, j’espère d’abord que vous évoquerez le double mariage du 31 octobre 1627 et l’acte de division-partage du 4 novembre 1646 qui s’est ensuivi, actes qui fondent la dynastie des Boyer à Azinières où cette famille s’est perpétuée depuis cette date jusqu’à nos jours. Ces actes sont à mon sens très importants puisqu’ils nous donnent des indications sur deux Jean Boyer, père et fils, qui vivaient à ces deux dates à La Cadenède, et qu’ils permettent peut-être de comprendre où ces deux Jean Boyer se situaient entre (ou parmi) Jean Boyer, veuf de Jeanne Bessodes, qui teste en 1624 (avec la confusion que vous semblez entretenir dans ce testament entre les filles et les sœurs du testateur) et Jean Boyer, époux de Marie Albigès, tous les deux morts à La Cadenède en 1699, dont vous ne parlez pas, mais dont vous évoquez le fils, encore un Jean ! qui teste la même année (1699) et qui mourra fermier de La Cadenède début janvier 1713. Mais là, je ne veux pas anticiper sur votre publication à venir !

Les deux actes de 1627 nous permettent en outre de comprendre que les Boyer, dès cette époque, tout en étant métayers de gros propriétaires fonciers, se constituaient leurs propres terres, soit pour les exploiter eux-mêmes (ce sera le cas de ceux d’Azinières) soit pour les monnayer et acquérir d’autres biens, voire s’embourgeoiser (au sens propre du terme), ce qui paraît être le cas de ceux qui continueront la lignée de La Cadenède.

Que ce soit à La Cadenède, aux Fialets, à Crayssac, à Montels, à La Borie Blanque, à La Martinerie, aux Fons de Jouc, à l’Hôpital du Larzac, aux Aumières, on trouve des Boyer partout autour de Millau, métayers ou fermiers. Sont-ils tous parents, comme le pense Bernard Aldebert (dont les "Généalogies d’Aveyron" ne sont malheureusement pas exemptes d’inexactitudes), ou leur donne-t-on ce surnom, justement parce qu’avec leurs bœufs, ils labouraient les terres de ces grands domaines ? Il est étonnant que la fonction et le patronyme soient si étroitement mêlés.

Les uns s’enflammeront pour les idées de la Réforme, les autres s’obstineront dans la foi de leurs pères, la plupart sans doute hésiteront entre les deux, au gré de leurs intérêts, au fil de leurs alliances, avec leur vieil instinct de survie et de perpétuation, dans l’incertitude d’une guerre civile qui ne s’arrête que pour mieux repartir.

Au XVIIIème siècle, le testament devient l’acte suprême ; il marque l’aboutissement d’une vie et l’expression de ce que l’on nomme avec raison les dernières volontés. Le décès le suit presque fatalement. Aux XVIème et XVIIème siècles, il peut certes en aller de même ; mais souvent, les testaments sont faits sous la pression d’événements extérieurs, dans l’incertitude des guerres civiles et l’insécurité incessante.

Je crois que c’est le cas des trois testaments que vous citez, en 1569, en 1624, en 1699. Je pense que les trois Jean Boyer qui ont dicté leurs volontés à ces trois dates, ne sont pas morts une fois leur testament établi, mais plusieurs années après. C’est d’ailleurs une certitude pour le troisième qui est décédé, comme je l’ai déjà dit plus haut, en 1713.

Je sais bien que cela ressemble à du radotage mais, voyez-vous, si l’on considère que les testateurs ne sont pas morts au moment où ils ont fait leur testament, cela change complètement la conception que l’on peut se faire de leur vie, et notamment du nombre d’enfants qu’ils ont pu avoir, ou de leur éventuel remariage. D’autant que ce sont des hypothèses que les faits semblent confirmer, sûrement en 1569 pour les enfants nés APRES le testament, et très vraisemblablement en 1624 en ce qui concerne un possible remariage du testateur. Le problème, c’est bien sûr qu’il y ait eu, à La Cadenède, beaucoup trop de Boyer prénommés Jean !

Excusez-moi d’avoir été aussi long, sans pour autant apporter de conclusions, sauf pour la branche qui se sépare de celle de La Cadenède pour s’installer à Azinières, à la suite du double mariage Jean Boyer- Marie Pradlong veuve Gairaud et Jean Boyer-Marie Gairaud de 1627. Si, pour ces périodes anciennes, il nous manque des actes, et si les actes subsistants sont parfois avares d’informations, en ce qui concerne les filiations, les mères et les épouses, nous avons aussi beaucoup d’informations qui doivent nous permettre d’assembler certaines pièces du puzzle. Mais peut-être d’ores et déjà, l’avez-vous fait.

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mercredi 25 novembre 2020 à 11h04 - par  Suzanne BARTHE

Grand merci pour ce message passionnant et passionné !!! Le but du premier épisode de l’article était de parler de La Cadénède et de ses occupants les plus anciennement connus !!!

Les quelques actes cités n’étaient qu’un avant-goût du second épisode qui sera consacré aux BOYER de la CADENEDE.

Vous y retrouverez la plupart des actes que vous citez, et vous pourrez éventuellement compléter notre étude à ce moment là.

Certes nous nous sommes centrés sur la Cadénède, mais pourquoi pas poursuivre le feuilleton avec ceux d’Azinière etc... lorsque le sujet de la Cadénède ser épuisé... De beaux échanges en perspective... Nos colonnes vous sont ouvertes...

Terminons déjà ce premier sujet... je vous confirme que nous avons là un thème fort intéressant !!!

A bientôt
Suzanne BARTHE