Notes sur trois hameaux de Lanuéjols (causse Noir)

jeudi 9 juillet 2009

Notes sur trois hameaux de Lanuéjols (causse Noir)

J’ai été amené, au cours de mes recherches, à m’intéresser à trois hameaux de Lanuéjols (diocèse de Nîmes), sur le causse Noir, à savoir le mas LAUTIER, LABRO et la PENARIE et souhaiterais vous faire partager mes découvertes ; je suis bien sûr preneur d’informations complémentaires, voire contradictoires.


Le mas LAUTIER :

Ce hameau n’existe plus sous ce nom et s’appelle aujourd’hui LATOUR. La concordance des lieux est attestée dans un acte d’état-civil du XVIIe siècle, où le hameau est désigné sous ces deux appellations, ce que confirme une superposition des cartes de CASSINI et IGN. Le lieu ne doit pas être confondu avec le hameau des MOURGUES (= moines) voisin, qui est lui situé sur la paroisse de Saint-André-de-Vézines (diocèse de Rodez).

Le mas LAUTIER, constitué aujourd’hui d’une seule construction, était autrefois une métairie, qui avait été léguée, avant 1418, au couvent de l’ARPAJONIE (Millau) par une de ses religieuses, Fizes de MEDICIS [1]. Le couvent n’exploitait pas directement la métairie, mais l’affermait à des bourgeois millavois, qui l’affermaient à leur tour à des paysans du causse. C’est ainsi que mon ancêtre Antoine ROUBY (ca 1530 / 1608) l’afferma à plusieurs reprises à partir de 1590, conjointement avec un de ses beaux-frères ; le bail signé en 1598 chez Me de MALRIEU à Millau, pour une durée de 5 ans [2], révèle, à travers les redevances annuelles, les productions de la métairie. Par contre, la méconnaissance du taux de la redevance (20%, 50%...) ne permet pas de quantifier cette production. La redevance s’élevait, par année, à :
- 85 sétiers de blé froment
- 12 sétiers et 2 cartes de blé panelle
- 12 sétiers et 2 cartes d’avoine
- 5 cartes de légumes (?)
- 5 cartes de lentilles
- 1 quintal et 40 livres de fromage
- 2 pourceaux gras
- 12 chapons
- 2 paires de perdrix
- 22 écus sol valant 66 livres.

Concernant l’étymologie du lieu, LAUTIER est un nom de baptême ; cependant, on trouve à proximité une hauteur appelée le serre de la MALAUTIE, ce dernier terme désignant une léproserie. Le mas LAUTIER étant le seul lieu habité des environs, ne serait-il pas une déformation de malautie ? J’en avais parlé de son vivant à l’abbé VIVIER, qui avait réfuté cette hypothèse, aucune léproserie n’ayant jamais été mentionnée sur le causse Noir...


LABRO :

Etymologiquement, le terme vient du celtique BROA et désigne un bord, une orée, un talus [3]. La localisation précise du hameau pose problème, car :
cette appellation ne figure sur aucune carte
curieusement, je n’en trouve pas mention dans les actes notariés avant le XVIIe siècle
dans les actes notariés, la confusion est fréquente entre les dénominations LABRO (parfois les ABROS), LISSIDE et la FOLCARIE, ces deux derniers toponymes désignant deux lieux voisins localisés sur les cartes.

J’en déduis que LABRO désigne l’un ou l’autre des deux hameaux précités (ou les deux ?), dont la situation en bordure du ravin de GARENNE correspond bien à l’étymologie. Les hameaux de LISSIDE et de la FOLCARIE relevaient d’un fief, parfois désigné sous le terme les ISSIDES et qui comprenait également le hameau voisin de la PENARIE [4].


La PENARIE :

D’après un article du Lien des Chercheurs Cévenols [5], le terme désigne un lieu de conservation du vin, ce qui ne manque pas de surprendre sur le causse Noir ; cependant, des vignes étaient attestées dans les vallées environnantes, notamment à MEYRUEIS et on peut imaginer que nos ancêtres profitaient de la fraîcheur du causse pour conserver leur vin.


[1le Messager de Millau – 09/05/1908

[226/07/1598 - Me de MALRIEU (Millau) – 3E 11 820 f° VIIc XV - AD12

[3dictionnaire occitan-français – Louis ALIBERT

[420/02/1604 – Me Jean GELI (Meyrueis) – 3E 5303 f° XI - AD48

[5La vinification dans les vignes - Lien des Chercheurs Cévenols n° 115 (octobre/décembre 1998)


Commentaires

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Notes sur trois hameaux de Lanuéjols (causse Noir)
mercredi 15 février 2012 à 11h53 - par  marc parguel

Il semble que le Mas-Lautier, du moins les données qui sont écrites ici se rattache au domaine des Mourgues qui, depuis 1803 (nouvelle circonscription des paroisses) ne dépend plus de Saint André de Vézines mais de Veyreau (en échange de la Roujarie). Ce Mas-Lautier (les Mourgues) dépendait en effet du monastère de Notre Dame de l’Arpajonie et fut vendu comme bien national à la Révolution

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Notes sur trois hameaux de Lanuéjols (causse Noir)
lundi 27 juillet 2009 à 21h12 - par  Valgalier Jean-Pierre

A propos du lieu Labro qui en effet n’existe pas sur les cartes

Dans un acte du 26/03/1742 par le notaire Jean DESFAUX de Meyrueis (3E 5400 f°115) je trouve la mention du lieu de Labro-lès-Lisside, Joseph GALTIER travailleur de Labro vend une pièce de terre appelée Lou Claux de Labro à Pierre MARTY de la Pénarié

Si le lieu est souvent cité chez les notaires de Trèves ou de Meyrueis c’est la seule fois ou je trouve cette précision, Labro serait donc un écart de Lisside, à vérifier peut-être sur le compoix ou sur le cadastre

Jean-Pierre Valgalier

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samedi 5 août 2017 à 22h36 - par  MOLINIER Jean-Claude

Bonjour à tous,
C’est très tardivement que je découvre votre interrogation collective sur le fameux LABRO, qui figure dans le Germer Durand, page 36 Le Bro, cité en 1241 pour la première fois dans le cartulaire de Notre Dame du Bonheur, sous le nom de Mansus de Brugdoira.
Aucune carte ne comporte ce lieu et le cadastre actuel a curieusement oublié cet endroit.
Dans mes recherches sur Lanuéjols je suis tombé sur les Mémoires de l’Académie de Nîmes de 1888, page 77. On apprend alors que le hameau des Lissides se compose de trois sections : Celle de Lisside où se trouve la ferme principale et l’ancien château des Valat ; celle de Labro, la plus importante, au centre et au bord du précipice creusé par le Garenne (Labro vient de l’occitan "Broa" qui signifie le bord) ; ce hameau est si important qu’il compte 15 feux et l’école des trois sections ; il est indiqué que Labro a été confondu avec la Folcarié ; la troisième section porte le nom de Folquarié ou Pénarié ; c’est ce deuxième nom qui est resté aujourd’hui. Si l’on regarde la carte de Cassini on se rend compte que le géographe a mis les trois sections des Lissides, ce qui confirme les mémoires de l’Académie de Nîmes. Dans l’Armorial de d’Hozier, l’Héraldique étant mon domaine de recherches, on a un blason pour Jean de Valat qui est qualifié sieur de Lisside et un pour François de Valat qui est qualifié seigneur de Labro. Leur blason était "D’hermine à une tour de gueules, ouverte et ajourée d’or". Au passage Lisside avait dans le même temps un autre sieur en la personne de Jean de la Tour qui était également maire perpétuel d’Aumessas "D’or, à une tour d’azur, maçonnée de sable, au chef cousu d’argent, chargé de 2 étoiles et d’un croissant d’azur".
Voilà pour ma petite contribution tardive à vos interrogations.

M. MOLINIER

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mercredi 16 septembre 2009 à 20h22 - par  CAREL

Bonsoir à tous,

J’habite la région d’Aix-en-Provence, mais ma famille est originaire de Lanuéjols où j’ai passé quelques années de ma lointaine enfance. Je m’occupe actuellement de la sauvegarde des registres paroissiaux en les photographiant avec un APN.

Au cours de mes recherches personnelles, j’ai très souvent rencontré la mention du hameau de Labro dans les actes consultés et des anciens m’ont dit ignorer sa localisation précise mais ils connaissaient un champ de Labro situé au sud de la route de Revens, à une position que l’on pourrait évaluer entre la ferme dite de Licide et le hameau de la Foulquarie. A savoir que cette ferme, la Foulcarié, la Pénarié et le fameux Labro étaient considérées, comme un ensemble, formant les Lissides.

Le nouveau cadastre ne mentionne plus le lieu mais on devrait le retrouver sur le cadastre Napoléon (à consulter à Nîmes), ce que je me propose de faire dans la période hivernale !

Marcel CAREL

membre du CGSA

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mercredi 5 août 2009 à 21h06 - par  ROUBY Gilles

Merci à Jean-Pierre VALGALIER pour ses précisions, qui confirment mon analyse sur la localisation de LABRO. Concernant les compoix, j’avais rencontré dans les années 80 l’ancienne institutrice de Lanuéjols, qui m’avait dit posséder un compoix du début du XVIIe siècle, qu’elle aurait sauvé des flammes lors de travaux à la mairie ; cette personne avait cependant refusé de me le montrer. Si d’autres collègues du CGSA sont prêts à monter au créneau...
Bien cordialement.

Gilles