Bandeau
Cercle Genealogique de l’Aveyron
Slogan du site
Descriptif du site
Organisation de la sépulture des exclus à La Capelle-Farcel
Article mis en ligne le 19 juin 2025
dernière modification le 20 juin 2025

par Alain Albouy

Le 13 septembre 2025 paraîtra, lors de notre assemblée générale, notre livre « Alrance, des femmes… des hommes… et leurs racines », l’occasion pour nous de présenter dans ces colonnes un petit texte de 1845 concernant le cimetière de La Capelle-Farcel.

D’abord, quelques éléments de contexte.

A partir du VIIème siècle, et en devenant dominant à l’époque carolingienne, s’installe le modèle du cimetière paroissial jouxtant l’église de la communauté. Il est considéré comme un lieu saint et à ce titre interdisait aux non-chrétiens d’y avoir une sépulture. On y refuse donc les morts d’autres religions [1], les excommuniés (dont les comédiens), les suicidés, les petits enfants morts sans baptême (infantibus mortuis absque baptismo).

Concernant les mendiants ou vagabonds inconnus de la paroisse, les relevés de nos bases nous montrent le curé s’assurant de la religion du défunt avant de procéder à l’inhumation :
 Le 29 juillet 1791, à Estalane, sépulture de VALAT, « portant les marques de catholicité ».
 Le 20 octobre 1780, à St Vincent de Lacalm, sépulture d’Antoine, « qu’on nous a certifié être bon catholique ».
 Le 17 février 1719, à Mélagues, sépulture de MARROC, « ayant fait toujours profession de bon catholique romain comme il nous a été certifié par des gens de justice ».
 Le 10 décembre 1774, à St Pierre des Cats, sépulture de Pierre, « mendiant, après qu’une mendiante qui était avec lui nous eu assurés qu’il était catholique romain ».
 Le 14 janvier 1822, à Montpaon, sépulture d’un mendiant pour lequel « Monsieur le maire trouve sur lui un chapelet et l’on vit qu’il était catholique  ».

Pour les tout-petits, morts sans sacrement (ou mort-nés) les parents devaient affronter l’épreuve d’une sépulture en dehors de la terre consacrée, mais aussi l’idée de l’âme de leur enfant condamnée éternellement à une relégation et à une errance dans les Limbes.

Pour éviter autant que faire se peut de tels déchirements, le clergé pousse les parents à présenter leurs enfants au baptême le plus tôt possible après la naissance. La cérémonie qui intervenait au XVIème dans la première semaine de vie du nouveau-né voit le délai se réduire au XVIIème, souvent au jour même de la naissance.

L’importance de la mortalité des nouveau-nés apparaît dans nos relevés par la fréquence des ondoiements. Là aussi, le clergé invite à cette pratique d’urgence conduite par le prêtre lui-même ou à défaut par un laïc (la sage-femme le plus souvent, le chirurgien, un membre de la famille ou un voisin). Il s’agissait, face à un accouchement difficile, quand la vie de l’enfant paraissait menacée, de prononcer les paroles requises et de verser l’eau bénite sur une partie visible du corps de l’enfant naissant. La présence de témoins pourra garantir au prêtre la conformité de l’acte, en attestant d’un souffle de vie, d’un mouvement, d’un cri, etc… de l’enfant.

Quelques exemples tirés des bases du CGA :

 Le 9 décembre 1666, à Gramond, Claude DEVALS « ondoyé à la naissance étant en danger de mort ».
 Le 14 septembre 1777, à St Etienne de Meilhas, DURAND, fille « ondoyée à la maison sur une main par la sage-femme et étant morte dans le ventre de sa mère ».
 Le 17 décembre 1760, à Campagnac, INFRU, fille « ondoyée sur une main dans le cas de nécessité par Guillaume BOUSQUET, paysan ».
 Le 25 mai 1740, à Lapanouse, Catherine FABRE « ondoyée sur le passage et sur un pied par pierre COSTECALDE ».
 Le 9 Juillet 1741, à Carbassas, Pierre Jean BANEILHES « ondoyé à la maison par Antoinette ROQUE sage-femme approuvée en bonne et due forme comme il m’a été rapporté ».
 Le 5 novembre 1784, à St Geniez d’Estaing, Pierre Jean BORIES « ondoyé sur la tête avant qu’il fut né par Mtr Antoine MAILLEBUAU chirurgien de Malrieu, et le danger continuant après qu’il est né, il a été baptisé de nouveau sous condition par Catherine VIE ».

Même si ces dispositions concernant les enfants naissants pouvaient être contournées ou bien appliquées à des individus vraisemblablement déjà morts, il demeurait nombre de petits défunts non baptisés à qui s’imposait cette règle d’exclusion du cimetière consacré. Pourtant ces enfants ne pouvaient être tenus responsables de leur sort. En conséquence, la hiérarchie catholique au XVIIème et XVIIIème siècles autorisa-t-elle qu’un espace, hors la terre bénie, leur soit attribué.

La Révolution française introduit le principe de laïcité ainsi que d’égalité des individus. L’Etat-civil nouvellement créé reprend la trame des BMS, mais à des événements religieux (baptêmes, mariages, sépultures) sont substitués des événements biologiques et sociaux (naissances, mariages civils, décès). La déclaration et l’inhumation des mort-nés deviennent obligatoires.
Le décret du 23 prairial An XII (12/06/1804) introduit l’administration municipale dans la police et la surveillance des lieux de sépulture. Il tend à éviter les discriminations entre les défunts, de plus chaque culte doit avoir un lieu d’inhumation particulier.
Les lois du 14/11/1881, du 05/04/1884 et la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat affermissent le principe selon lequel cet équipement public communal, en tant que tel, est soumis au principe de laïcité de la République.

A l’issue de ce large tour d’horizon sur les inhumations et les cimetières, revenons à La Capelle-Farcel et à ce texte qui souhaite organiser le lieu de sépulture des exclus.

« L’an dix huit cent quarante cinq et le 30 mars, il résulte que d’après le mandement de monseigneur l’Evêque de Rodez Mr Pierre GIRAUD d’après l’article 4ème de son ordonnance relativement aux cimetières et conformément au Conseil d’Etat du 29 avril 1831, nous, membres de la fabrique soussignés sommes d’avis de réserver dans le cimetière de la Cappele un emplacement pour inhumer les petits enfants sans baptême ou autres auxquels les saints canons et la discipline du diocèse refusent la sépulture ecclésiastique. Cet endroi est fixé à l’angle du cimetière du côté du levant confronte jardin du Sr CALMES et du midi jardin de Michel BARRIE, de contenance d’environ trois mètres de largeur vers le cimetière et deux mètres cinquante centimètres sur le coin qui vient en allant vers le couchant et a été borné par quatre pierres remarquables de manière à ne pouvoir pas s’en servir pour autre chose.
Fait à la Cappele les ans et jours que dessus
 ».