Le deuxième week-end de septembre 2025 auront lieu à Alrance les journées généalogiques de l’Aveyron. A cette occasion paraîtra notre livre sur cette commune (Alrance, des femmes... des hommes... et leurs racines...). A côté de chapitres évoquant des éléments historiques, des généalogies, des personnalités, le patrimoine, nous présenterons également les hameaux qui composent cette commune. Florian CANAC (que nous remercions) a écrit pour nous un article sur le hameau de Bonneguide (paroisse de La Capelle-Farcel) dont vous trouverez des extraits dans notre livre et que nous vous proposons ici dans son intégralité.
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XIXe siècle
La lignée des Drulhe présente à Bonneguide semble démarrer par le mariage entre Jean Gabriel Drulhe (de La Selve) et Marie Anne Gineste (de Bonneguide) le 13 septembre 1813 [1]. Ce couple semble s’inscrire dans la suite de la lignée des Gineste qui eux même semblent prendre la suite de la lignée des Brauge (mariage entre Michel Gineste et Louise Brauge en 1802). [2]
En 1835, la mort de François Bonnefous [3] (17 ans) propriétaire à Bonneguide nous apprend la présence de ce patronyme dans le hameau même si vraisemblablement ses parents n’en étaient pas originaires.
C’est autour de 1850 que la famille Calvet viendra s’implanter. En effet, Victor Calvet n’est pas originaire de la commune mais il s’y mariera avec Sylvie Teulat qui est domestique à Bonneguide chez Etienne Nespoulous [4]. À l’occasion de la naissance de leur premier enfant : Pierre Jean Victor Calvet en 1853, le couple réside à Bonneguide. [5]
Au début du XIXe, on trouve également une famille Viguier mais qui vraisemblablement est implantée là par son lien avec la famille Cadars. En effet, Antoine Viguier épouse Marie-Anne Cadars en 1808.
François Fabié raconte qu’en 1857 alors qu’il se prépare à partir poursuivre ses études à Rodez : « les trois sœurs Daures, de Bonneguide, les meilleures couturières du pays, me confectionnèrent des chemises et des blouses » [6] Ce souvenir semble l’avoir inspiré pour ses romans « Moulin d’autrefois » et « Le Retour de Linou » puisqu’il nomme alors l’instituteur du village « Monsieur Bonneguide ».
Le Dictionnaire des lieux habités du département de l’Aveyron [7] de Dardé publié en 1868, présente Bonneguide comme un village de la commune d’Alrance comptant 53 habitants, cela en fait donc le quatrième hameau le plus habité de la commune après (La Capelle-Farcel, Bouviala, et Le Mas Vialaret).
Lors du recensement de 1876, on compte à Bonneguide 48 personnes réparties en 16 foyers, tous cultivateurs. Sont présentes les familles : Terral Louis, Soulié Marie-Anne (veuve de Viguier), Comitis François, Galtier Amans, Alibert Pierre, Vayssière Antoine, Daures Pierre-Jean, Robert Jeanne, Druilhes Antoine, Boudes Catherine, Bouzat Baptiste, Comitis Baptiste, Gary Gervais, Calvet Victor, Bouzat Antoine, Bousquet Jean-Antoine. [8]
Au recensement de 1891, on ne compte plus que 39 personnes réparties en 9 familles : Comitis André, Bouzat Baptiste, Calvet Hippolyte, Drulhe Antoine, Canac Baptiste, Gary Gervais, Séguret Louis, Comitis François, Alibert Pierre. [9] L’arrivée de la famille Canac fait suite à l’achat par Baptiste Canac de la maison de la famille Daures le 22 mai 1887 [10].
A cette époque-là, le petit hameau aveyronnais vient d’être cité dans la presse nationale à plusieurs reprises pour « L’affaire Bonneguide » jugée en Assises le jeudi 19 juin 1890. Le Journal de l’Aveyron rapporte alors que « Les inculpés sont au nombre de trois, Comitis, père, âgé de 44 ans, Comitis, fils, âgé de 19 ans et la femme Comitis, âgée de 29 ans, tous les trois domiciliés à Bonneguide, commune d’Alrance. Le père Comitis s’est marié deux fois, son fils est issu de son premier mariage. Voici, d’après l’acte d’accusation, le crime dont ils se seraient rendus coupables : Dans la matinée du 2 mars 1890, la femme Comitis attira chez elle un de ses voisins, nommé Calvet, sous prétexte de lui rendre du levain qu’elle lui avait emprunté quelques jours auparavant. Calvet une fois entré et après s’être chauffé quelques instants devant la cheminée, car il faisait un froid rigoureux, voulut reprendre son levain et s’en aller. Il remarqua, non sans surprise et sans une vague appréhension, que la femme Comitis cherchait des prétextes pour le retenir comme si elle attendait quelque chose. Elle attendait en effet son mari, qui l’avait invitée lui-même à faire venir Calvet ce matin-là.
L’accusé Comitis ne tarda pas à rentrer accompagné de son fils. Tous deux feignirent une grande colère et reprochèrent avec violence à Calvet d’être venu soit pour avoir des relations coupables avec la femme Comitis, soit aussi pour la voler. Ils lui portèrent plusieurs coups, Comitis père avec une branche de houx, Comitis fils avec le manche d’une fourche. Puis, le père saisit cette fourche et fit mine d’en enfoncer les pointes dans le ventre de Calvet qui, voulant fuir, chercha des yeux une issue. Vainement, la porte était solidement fermée et, quant aux deux fenêtres, elles avaient été d’avance condamnées avec de longs clous. Calvet, épouvanté, supplia qu’on lui fît grâce. Alors Comitis père exigea que Calvet demandât pardon à genoux et Calvet obéit. Puis aussitôt, il dit au malheureux tout étourdi des coups reçus : « Je ne consentirai à t’épargner que si tu signes des billets pour une somme de 2.500 fr. »
Après un court essai de résistance, Calvet, terrifié des menaces de mort qui ne cessait pas, en passa par ce que voulaient ses agresseurs. Ceux-ci s’étaient munis d’avance de papier timbré. Comitis fils rédigea les billets et Calvet les signa.
Le lendemain, revenu de son effroi, Calvet s’empressa de porter plainte. Aussitôt les Comitis ont allégué pour leur défense qu’ils avaient voulu venger leur honneur, Calvet étant devenu l’amant de leur épouse et belle-mère. Mais tous les renseignements recueillis représentent au contraire Calvet comme d’une moralité exemplaire et rendent ces allégations invraisemblables. » [11]
Le journal Le Clairon ajoute que si les trois membres de la famille sont poursuivis seul le père sera condamné à six ans de réclusion. [12]
Quatre ans plus tard, c’est Nathalie Comitis ainsi que son frère André qui seront respectivement condamnés à 8 jours de prison et 50 francs d’amende pour « menace de mort » et 50 francs d’amande pour voies de fait, c’est-à-dire usage de la force physique. [13] Ils semblent tous deux être les cousins de J-F Comitis impliqué dans « l’affaire de Bonneguide ».Au recensement de 1891, la famille Séguret François est présentée comme « fermier » dans le hameau.
Au recensement de 1896, la famille Merlhe et Soulié font leur apparition dans le hameau alors que les Séguret ne sont plus cités. [14]
Pour la famille Merlhe, il s’agit certainement d’une implantation par succession des Viguier. En effet, Marie-Julie Viguier épouse Auguste Merlhe le 10 février 1863 à Alrance [15].
François Soulié (de son vrai nom Bernard, Joseph, François Soulié) originaire de Paulhe Rouby d’Arvieu s’installera à Bonneguide après la célébration de son mariage avec Adrienne Girard le 13 octobre 1894 à Arvieu. La signature du contrat de mariage se réalisera d’ailleurs à Bonneguide le 26 septembre 1894 dans la maison de Madame veuve Galtier de Trémouilles dans laquelle résident Adrienne et sa mère Rosalie Girard originaires de Falgayrouse [16].
Il est intéressant de noter que Marianne Soulié (ayant épousée Jean-Antoine Viguier de Bonneguide en 1837) est la tante de François Soulié.