par Suzanne BARTHE
Nous vous proposons aujourd’hui la seconde partie de la communication de Claude de Vesins en vous invitant à consulter le premier épisode si vous ne l’avez pas encore fait
Les Levezou dans la nuit des tempsarticle
Initiation, preuves et présomptions - Episode 1/2
Nous évoquerons dans le présent épisode 2/2 :
- Les constructions
- Les châteaux ruinés
- Les châteaux modifiés après les Levezou
- Les châteaux subsistants
- Les villages
- Eglises et moulins
- La situation féodale
- Conclusion dans la nuit des temps
Après avoir positionné les biens des Levezou, et afin de poursuivre la définition de leur condition sociale, il convient à présent d’examiner, et de comparer avec leurs homologues de la noblesse titrée, la nature, le dimensionnement et la qualité des constructions qui les meublaient.
Nous examinerons ceux dénommés "château" ou "castrum" dans les textes que nous venons d’évoquer :
- Les ruinés disparus : Trépadou, Rocagel, Peyre, Montjaux et Levezou.
- Les modifiés (époque Levezou indiscernable) : Las Sallas, Saint-Beauzély.
- Les subsistants : Castelnau, Castelmus, Roquetaillade.
Puis nous examinerons ceux dénommés "village" :
- Marzials et Compégnac
Trépadou, était construit en roca, sur un promontoire rocheux d’une dizaine de mètre de hauteur formant une plateforme de 25 m de long par 20 de large, il contenait au moins une aula et une tour.
Roccagel, n’est plus matérialisé que par la petite église Notre Dame.
Á Peyre, seule la qualité des maçonneries de l’église Saint Christophe peuvent donner une idée de ce que pouvait être le fort.
À Montjaux, le château des Levezou est évidemment celui construit sur le vieux site en hauteur, déjà utilisé par les romains, ce bâtiment, délaissé au XVIe siècle, est aujourd’hui totalement ruiné.
Levezou, de tous les sites gallo-romains qui entourent la seigneurie, celui qui est le plus central et le plus élevé est situé à l’extrémité sud des monts du Levezou, à 1080 m d’altitude entre Candadès et Ronsignac ; comme signalé précédemment, en 1974 il y a été trouvé des fragments de tegulae, et de très nombreux tessons de poterie et verrerie datés entre les ans 60 et 140.
Á Las Sallas (Salles-Curan) il n’est pas possible de localiser, de discerner et donc de dimensionner ce qu’était l’aula Levezonca lorsque Bernard la vend en 1238 à l’évêque de Rodez, on peut seulement noter qu’elle est accompagnée de plusieurs mas et qu’elle suit la vente de la cour (curtis) de Levezou ; or une curtis est composée de plusieurs cap-mas, eux-mêmes composés de plusieurs mas, si l’on ajoute le mas de Larguiès vendu en 1229, on voit que les Levezou possédaient l’alleu sur, au moins, plusieurs centaines d’hectares autour de Salles-Curan.
Á Saint-Beauzely, la salle voutée du rez-de-chaussée n’est pas sans rappeler l’aula de Castelnau en un peu plus petit, ici aussi il n’est pas possible de distinguer ce que pouvait être la construction en 1255, tout au plus peut on constater que l’emprise au sol est de 220 m2.
Quand il est construit, à la toute fin du Xe siècle, Castelnau est au moins constitué par le rez-de-chaussée du corps central actuel composé, d’une pièce voûtée perpendiculairement en berceau, la "camera", de 3,7 mde large, 7,3 m de long et haute de 3,7 m, communiquant avec une autre salle voûtée longitudinalement en berceau, l’"aula", de 10,5 m de long par 6,5 m de large et haute de 3,8 m, elle-même reliée à une pièce rectangulaire couverte par un plancher haut, la "chapelle" ou la "prison", de 5,8 m de large, 9,3 m de long et haute de 4 m, l’angle sud-ouest de cette construction est fondé, 10 m plus bas, sur une maçonnerie quasi cyclopéenne pour contrarier les sapes, l’ensemble recouvre une surface en oeuvre de 162 m2 (L ≈ 22 m x l ≈ 7,5).
C’est probablement au XIe siècle, qu’avec l’aide de l’ingénierie victorine, fut édifié l’étage formé de deux salles, couvertes chacune par deux voûtes croisées en arêtes, d’une longueur totale de 16 m, larges de 7 m et hautes de 5,7 m, elles sont prolongées par l’étage de ce qu’il faut bien appeler la tour, en élévation de la pièce rectangulaire au sud-ouest du rez-de chaussée.
Á ce stade il convient de comparer avec les demeures seigneuriales de la même époque dont nous parle André Debord :
Le palais ottonien d’Ename en Belgique présente la même enfilade d’une camera de 5 par 8 m, une aula de 8 par 21 et, enfin une capelle de 9 par 8 (L = 35).
Au castrum d’Andone, résidence des comtes d’Angoulême apparentés aux Carolingiens, le même ensemble mesure 28 m par 12.
Á Castelmus, la construction initiale est représentée par le corps central de l’actuel château ; il mesure, hors œuvre, 15 m par 9, en excluant, comme à Castelnau, l’avant corps de l’escalier précaire devenu définitif, les tours d’angle rondes, comme la surélévation en voute brisée du deuxième étage attestent d’une date de construction postérieure au XIe siècle, donc à celle de Castelnau.
Le château de Roquetaillade se composait, au XIIe siècle, d’une tour de 18 m à l’égout du toit sur un carré de 7,5 m de coté, qui jouxtait une salle de 17 m de long par 10 m de large, elle-même surmontée d’au moins un étage.
Ce bâtiment est à comparer avec le palais des vicomtes de Millau puis des rois d’Aragon, constitué, à la même époque, d’une tour carré de 10,5 m de coté et haute de 22 m, construite à trois mètres de l’aula de 15 m par 6, positionnée à l’étage du bâtiment voisin.
En comparaison, compte tenu du site d’implantation, Roquetaillade est inexplicablement énorme.
L’enceinte de Marzials, épaisse de 1,4 m, avec ses tours rondes, témoigne de remaniements postérieurs au XIIe siècle, comme celle de Castelnau édifiée pendant la guerre de cent ans ; néanmoins elle fournit l’indication de l’emprise initiale de 140 m par 70, qui fit l’objet du procès entre Cardone, veuve de Levezou, et Bermond de Levezou, c’est un peu plus que la moitié de l’espace homologue de la ville de Montjaux.
Avec ses 35 m sur 28, le Compregnac que nous montre Jacques Miquel, fait figure de hameau en dépit d’une situation au bord du Tarn qui parait pourtant plus stratégique, que celle de Marzials.
A tous ces châteaux et enceintes, il faut ajouter dans la campagne de construction des XI et XIIe siècle : l’étage du château de Castelnau, plusieurs églises dont la prieurale Saint-Michel, la paroissiale Notre-Dame, le système hydraulique avec ses trois moulins à Castelnau et d’autres moulins, le Cambon et la Rode entre autres.
L’acte de donation de Saint-Jean-le-Froid, en 1060, nous apprend qu’à cet endroit les Peyrebrune, qui ne sont pourtant pas les premiers venus, tenaient leurs droits des Levezou.
En 1154 ou 1185, Aigfred et Hugues de Levezou sont témoins et fermanza de la donation du mas de Soutouls, que fait au temple Guillem Bec, résident à Castelnau. [1]
En 1238, Bernard de Levezou, chevalier, rend hommage au comte de Toulouse (Raymond VII), et non pas au vicomte de Millau ou au comte de Rodez, pour Castelnau et Saint-Beauzely. [2]
En 1267 et 68, Imbert de Monjaux transige sur l’hommage qu’il doit à Bernard de Levezou pour le mas d’Azinières. [3]
En 1291, Raimond de Levezou, damoiseau, indiqué Seigneur de Castelmus et de Compregnac, qui détient les droits éminents à Compregnac, convient avec le Commandeur de Ste-Eulalie du Larzac de l’Ordre du Temple, que ce dernier détiendra les droits utiles sur une partie de terre située à l’est de l’agglomération.
Le même document stipule que le château de Peyre est tenu par Jean de Montjaux alors qu’il est la propriété de Raimond de Levezou. [4]
En 1383, le 5 octobre, Bermons de Luzençon reçoit pour son fils, Brenguier de Levezou, le serment de reconnaissance des habitants de Castelmus, Roquetaillade et Marzials. [5]
Le mariage d’Arsinde de Millau avec Aicfred de Levezou, fait de ce dernier le beau-frère du cardinal légat, dont la main appuyée sur l’épaule de l’empereur d’Allemagne le fait s’agenouiller devant Grégoire VII à Canossa, le 28 janvier 1077.
On voit que plusieurs seigneurs, les Peyrebrune, Montjaux (alias Malvas) et Albignac sont subordonnés aux Levezou pour une part de leurs biens. Nous avons également noté l’hommage direct au comte de Toulouse.
Au XIe siècle les possessions des Levezou étaient réparties dans un territoire de 20 km sur 15, sur lequel ils possédaient huit châteaux, et plusieurs autres seigneurs leur rendaient hommage.
A présent que nous avons bien établi la notoriété des Levezou à partir de 1060, nous devons examiner ce que cette notoriété implique sur leur passé, la nuit des temps…
Interrogeons nous d’abord sur la localisation de la résidence qui avait précédé le "Castrum Nuevo" construit, nous l’avons vu, à la fin du Xe siècle ; l’hypothèse Castelmus est exclue puisque la construction de ce bâtiment n’est pas antérieure au XIIe siècle, reste trois possibilités :
- Premièrement, l’important (cour et aula) château de Salles-Curan dont on ignore la date de construction initiale mais dont la situation est très excentré par rapport à l’emprise de la seigneurie, sauf à admettre que cette dernière fût encore plus étendue…
- Deuxièmement, la substitution d’une antique demeure patricienne par le château nouveau, sensiblement au même emplacement.
- Et enfin, le site gallo-romain de Levezou, évoqué précédemment, presque au pied d’un actuel pylône, entre Ronsignac et Candadès, il présente le mérite d’être au centre des domaines originels, qui se répartissaient à l’ouest et à l’est de la chaine des monts du Levezou, quoique plus densément à l’est.
Á cette époque, la catégorie sociale, qui formera le second ordre de la société de l’ancien régime, est constituée par la noblesse carolingienne, qui accapare son pouvoir de fonctionnaire, la noblesse sénatoriale du bas empire romain et les glorieux aventuriers, clients des précédents ou usurpateurs d’un pouvoir qu’ils se créent.
Les Levezou n’appartenaient ni à la noblesse carolingienne ni au groupe des aventuriers, ces grands propriétaires gallo-romains sont dénommés les "rics omes d’esta terra" ; leur pouvoir dérive directement des droits immémoriaux exercés par les grands propriétaires fonciers, dès le bas empire, sur les hommes de leurs domaines.
Ces hommes sont, jusqu’au milieu du XIIe siècle, si supérieurs, leur autorité si évidente et si immémoriale, que jamais ils ne se disent "nobili" ou "domini", que jamais ils ne font allusion à leur "seigneurie" ou à leur droit de justice ; ils agissent toujours en pleine indépendance sans se soucier des pouvoirs supérieurs, notamment comtaux.
Lovés entre la voie romaine de Segodunum à Condatomag et le Tarn ils avaient, impavides, vu passer autour de leur domaine les Wisigoths, les Francs et les Sarrasins ; l’essor économique, l’organisation féodale et surtout le retour du roi, vont transformer ces princes indigènes du IIe au XIIe siècle en banales (c’est le cas de le dire) feudataires au XIIIe.
Pour conclure, je paraphraserai un dialogue célèbre "qui t’as fait roi ? Qui t’as fait duc ? " Qui t’as fait Levezou ? La réponse est dans la devise de la famille "per lo gracio de dioux".
Claude de Levezou Marquis de Vesins




